L’autre jour, je discutais avec un pote qui bosse en clientèle grands comptes, il passe environ 80 nuits par an à l’hôtel, et il m’a sorti un truc qui m’a fait tiquer : « franchement, mes points Marriott, je sais même plus quoi en faire ». Le mec est platine, il a des nuits qui expirent, et il préfère parfois choisir un hôtel hors programme parce que c’est mieux placé. Et ça, en 2026, ça résume assez bien où on en est avec les programmes de fidélité voyage.
Parce que oui, il y a eu une bascule. Les voyageurs sont clairement moins fidèles qu’avant. Ce n’est pas juste une impression, plusieurs études récentes le confirment : la génération qui voyage aujourd’hui compare, arbitre, et n’hésite pas à zapper son enseigne préférée si l’offre en face est meilleure de 20 euros. Le truc c’est que les programmes ont été tellement dévalués (inflation des miles nécessaires, restrictions sur les vols récompense, catégories d’hôtels revues à la hausse tous les six mois) qu’on ne se sent plus vraiment récompensé — un peu comme un jeu culte copié par des rivaux qui finit par perdre son attrait original.
Alors est-ce que ça veut dire qu’il faut tout envoyer valser ? Non, pas du tout. Certains programmes tiennent encore la route, à condition de savoir où on met les pieds. Côté hôtellerie business par exemple, il y a un vrai peloton de tête qui se dégage : Marriott Bonvoy reste la référence en volume, IHG One Rewards a fait des efforts sur ses statuts intermédiaires, Hilton Honors reste imbattable sur le petit-déjeuner offert dès le statut Gold (et ça, sur un déplacement pro à Francfort, ça change la journée). Accor de son côté vient de dévoiler ses tendances « tourisme expérientiel » pour 2026, avec un virage assumé vers des récompenses moins matérielles et plus vécues — des accès à des ateliers, des visites privées, ce genre de choses. Ce goût pour les expériences interactives et immersives dépasse d’ailleurs le seul secteur du voyage, on le voit aussi dans des domaines très différents. Perso je trouve ça malin, même si j’attends de voir ce que ça donne concrètement dans un ibis de banlieue.

Le nerf de la guerre, en réalité, c’est devenu la carte co-brandée. Air France-KLM et American Express viennent justement de refondre leur gamme de cartes en France, avec des versions repensées pour les particuliers et les chefs d’entreprise. Sur le principe c’est intéressant, parce que tu accumules des Miles Flying Blue sur tes dépenses du quotidien, et ça compense en partie le fait que tu ne prends plus 40 vols par an. C’est un peu la même logique que dans les jeux de Lucky31 où l’accumulation de points sur la durée finit par peser plus lourd qu’un coup d’éclat ponctuel — sauf qu’ici tu paies ton loyer et tu gagnes un billet pour Athènes. Pas mal comme deal, si tu maîtrises le remboursement mensuel évidemment.
Ce qui me chiffonne un peu par contre, c’est le côté « il faut être expert » pour s’en sortir. Entre les portails de transfert de points, les partenariats bancaires, les catégories de dépenses bonifiées, les fenêtres de réservation optimales pour les vols récompense… c’est devenu un job à mi-temps. Et je pense que c’est exactement pour ça que beaucoup lâchent l’affaire.
Le cas SNCF est intéressant dans le genre. La Carte Avantage Senior, disponible dès 60 ans, propose des réductions solides sur les billets sans qu’on ait besoin de comprendre un système d’échelons alambiqué. Tu paies, tu voyages moins cher, point. Et il y a des périodes où elle est proposée à prix cassé, ce qui la rend franchement rentable dès le deuxième trajet. Je trouve que c’est un modèle plus honnête que ces programmes aériens où tu réunis 60 000 miles pour t’entendre dire que « malheureusement il n’y a plus de disponibilité en récompense sur cette date ».
Alors comment on fait, concrètement ? Ma vision perso, après pas mal d’années à jongler avec tout ça : concentre-toi sur UN programme aérien (celui de la compagnie de ton aéroport principal, c’est logique) et UN programme hôtelier. N’éparpille pas. Prends une carte co-brandée seulement si tu utilises vraiment la compagnie — sinon une carte à points transférables type Amex Membership Rewards te donnera plus de flexibilité. Et regarde les statuts par équivalence : ils sont souvent négligés alors qu’ils permettent de sauter des étapes énormes.
Un dernier truc qui me tient à cœur. Les programmes ont beau se dégrader, ils gardent une valeur cachée : les surclassements, les petits gestes en réception quand tu es reconnu comme fidèle, la chambre avec vue au lieu de celle sur le parking. Ça, ça ne s’affiche pas dans un tableau comparatif, mais sur un séjour un peu long, ça fait la différence.
Bref, la fidélité voyage n’est pas morte. Elle a juste changé de nature. Reste à savoir si on a envie de rentrer dans le jeu ou pas.